Vous sortez d'une assemblée générale et une résolution votée vous semble irrégulière, abusive ou contraire au règlement de copropriété ? La loi du 10 juillet 1965 vous donne un droit de recours, mais il est encadré par des conditions strictes — notamment un délai de deux mois impératif. Ce guide vous explique étape par étape comment contester une décision d'AG, avec quels motifs, devant quel tribunal et à quel coût.

Qui peut contester une décision d'AG ?

Les copropriétaires « opposants ou défaillants »

L'article 42, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1965 limite le droit de contestation à certaines catégories de copropriétaires :

CatégoriePeut contester ?Précision
Copropriétaire opposantOuiA voté contre la résolution litigieuse
Copropriétaire défaillantOuiAbsent et non représenté à l'AG
Copropriétaire abstentionnisteOui (depuis 2014)Présent mais n'ayant pas participé au vote — assimilé à un opposant par la jurisprudence (Cass. civ. 3e, 9 juin 2016)
Copropriétaire ayant voté pourNonSauf en cas de vice du consentement (dol, erreur, violence)
LocataireNonSeul le copropriétaire bailleur a qualité pour agir
SyndicNonSauf s'il est lui-même copropriétaire opposant

Point d'attention : si vous avez donné une procuration et que votre mandataire a voté pour la résolution, vous êtes considéré comme ayant voté pour. Vous perdez alors votre droit de contestation, sauf à démontrer que le mandataire a outrepassé vos instructions.

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Le syndicat des copropriétaires lui-même

Dans de rares cas, le syndicat des copropriétaires peut lui-même saisir la justice — par exemple lorsqu'une décision est entachée d'une irrégularité telle qu'elle menace l'intérêt collectif. Le syndic agit alors au nom du syndicat sur autorisation de l'AG ou du conseil syndical en cas d'urgence.

Le délai de contestation : 2 mois ferme

Point de départ du délai

Le délai de contestation est de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d'AG (article 42, alinéa 2 de la loi de 1965). Concrètement :

  • Pour les opposants et abstentionnistes (présents en AG) : le délai court à partir de la notification du PV, et non du jour de l'AG elle-même
  • Pour les défaillants (absents non représentés) : même point de départ — la notification du PV
  • Mode de notification : lettre recommandée avec AR, ou remise contre émargement. La notification par email seul n'est pas valable sauf si le copropriétaire a expressément accepté la dématérialisation (article 42-1)

Un délai impératif et non prolongeable

Ce délai de deux mois est un délai de forclusion — pas un délai de prescription. Cela signifie :

  • Il ne peut être ni suspendu ni interrompu (contrairement à un délai de prescription)
  • Aucune mise en demeure préalable ne le prolonge
  • Passé le délai, la décision est définitive et inattaquable, même si elle est manifestement irrégulière
  • Le juge soulève d'office la forclusion — même sans que le syndic ne l'invoque

Exemple concret : Le PV est notifié le 15 mars 2026. Le dernier jour pour saisir le tribunal est le 15 mai 2026. Si l'assignation est signifiée le 16 mai, la demande sera irrecevable.

Que faire si vous n'avez jamais reçu le PV ?

Si le syndic n'a jamais notifié le procès-verbal, le délai de deux mois n'a jamais commencé à courir. Vous pouvez donc contester à tout moment. Cependant, une action tardive peut être rejetée si le juge estime qu'il y a un abus (principe de loyauté procédurale).

Les motifs de contestation recevables

Irrégularités de forme (vices de procédure)

Ce sont les motifs les plus fréquents et les plus faciles à démontrer :

  • Convocation irrégulière : délai de 21 jours non respecté (article 9 du décret de 1967), copropriétaire non convoqué, adresse erronée, absence de l'ordre du jour complet
  • Ordre du jour incomplet ou modifié en séance : un vote sur une question non inscrite à l'ordre du jour est nul
  • Tenue de l'AG : absence de feuille de présence, président de séance non élu, secrétaire non désigné
  • Erreur de majorité : résolution votée à la majorité simple (article 24) alors qu'elle requérait la majorité absolue (article 25) ou la double majorité (article 26)
  • PV irrégulier : résultat des votes non mentionné, noms des opposants absents, PV non signé par le président et le secrétaire
  • Vote par correspondance irrégulier : formulaire non joint à la convocation, bulletins reçus après le délai non écartés

Irrégularités de fond

Plus complexes à établir, elles portent sur le contenu même de la décision :

  • Décision contraire au règlement de copropriété : modification des parties privatives sans l'accord du copropriétaire, changement d'usage d'un lot en violation du règlement
  • Décision contraire à la loi : par exemple un vote interdisant de manière générale toute activité professionnelle libérale alors que la loi l'autorise (article 8-1 de la loi de 1965)
  • Atteinte aux droits privatifs : travaux sur les parties communes diminuant la jouissance d'un lot sans indemnisation
  • Décision prise dans un intérêt autre que celui de la copropriété : contrat passé avec le syndic ou un de ses proches à des conditions anormales (conflit d'intérêts)

L'abus de majorité

C'est un motif reconnu par la jurisprudence, mais difficile à prouver. Il faut démontrer que la décision :

  1. A été prise contrairement à l'intérêt collectif du syndicat des copropriétaires
  2. Dans le seul but de favoriser certains copropriétaires au détriment d'autres

Exemples de jurisprudence :

  • Refus systématique d'autoriser des travaux d'accessibilité pour nuire à un copropriétaire handicapé (Cass. civ. 3e, 17 décembre 2014)
  • Vote d'un budget excessif pour des prestations bénéficiant exclusivement à un bâtiment de la copropriété (CA Paris, 19 mai 2021)

La procédure étape par étape

Étape 1 : Vérifier votre qualité pour agir

Avant toute chose, confirmez que vous aviez bien le statut d'opposant, d'abstentionniste ou de défaillant lors du vote litigieux. Si vous avez voté pour, vous ne pouvez pas contester sauf vice du consentement (dol, erreur, violence).

Étape 2 : Rassembler les preuves

Constituez votre dossier dès la réception du PV :

  • Le procès-verbal d'AG avec le détail des votes
  • La convocation (enveloppe avec le cachet de la poste pour prouver la date)
  • L'ordre du jour et les documents annexés
  • La feuille de présence (demandez-la au syndic — article 15 du décret de 1967)
  • Le règlement de copropriété et ses modificatifs
  • Toute correspondance échangée avec le syndic avant ou après l'AG
  • Témoignages d'autres copropriétaires présents

Étape 3 : Tenter un recours amiable (facultatif mais recommandé)

Avant de saisir le juge, vous pouvez :

  • Écrire au syndic en LRAR en exposant l'irrégularité et en demandant la convocation d'une nouvelle AG pour reconsidérer le vote
  • Saisir le conseil syndical pour qu'il intervienne en médiation
  • Recourir à un médiateur de la consommation ou à un conciliateur de justice (gratuit et accessible au tribunal judiciaire)

Attention : la tentative amiable ne suspend pas le délai de 2 mois. Engagez-la immédiatement après réception du PV tout en préparant parallèlement l'action en justice.

Étape 4 : Assigner le syndicat des copropriétaires

L'action se fait par voie d'assignation devant le tribunal judiciaire du lieu de l'immeuble. Points clés :

  • Partie assignée : le syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic en exercice
  • Ministère d'avocat obligatoire : vous devez être représenté par un avocat
  • L'assignation doit être signifiée au syndic par un commissaire de justice (ex-huissier) avant l'expiration du délai de 2 mois
  • Préciser les résolutions contestées et les motifs d'annulation de manière claire et détaillée

Étape 5 : L'audience et le jugement

Le tribunal judiciaire statue selon la complexité de l'affaire :

AspectDétail
Durée moyenne12 à 24 mois entre l'assignation et le jugement
Mise en étatÉchange de conclusions écrites entre les avocats, production des pièces
Audience de plaidoiriesChaque partie expose ses arguments oralement
JugementPrononcé quelques semaines après l'audience
AppelPossible dans un délai d'1 mois — devant la cour d'appel

Combien ça coûte ?

Estimation des frais

Poste de dépenseFourchette
Honoraires d'avocat2 000 € à 6 000 € HT (première instance)
Commissaire de justice (assignation)150 € à 300 €
Droit de timbre (contribution à l'aide juridique)Supprimé depuis 2014
Frais d'expertise (si ordonnée)2 000 € à 8 000 €
Total estimé2 500 € à 14 000 €

Qui paie en cas de succès ?

Si le tribunal vous donne raison, il peut condamner le syndicat des copropriétaires (donc la copropriété) à :

  • Vous rembourser vos frais d'avocat (article 700 du Code de procédure civile) — en pratique 1 500 € à 3 000 € accordés, rarement la totalité
  • Supporter les dépens (frais de justice, commissaire de justice)

Point important : en tant que copropriétaire, vous participez aux charges de la copropriété — y compris celles liées à la défense du syndicat contre votre propre action. L'article 10-1 de la loi de 1965 permet toutefois au juge de vous dispenser de participer aux frais de la procédure si votre action est reconnue fondée.

Les effets de l'annulation

Annulation partielle ou totale

Le juge peut annuler :

  • Une seule résolution tout en maintenant les autres décisions de l'AG
  • Plusieurs résolutions si les irrégularités sont multiples
  • L'ensemble de l'AG si le vice affecte la tenue même de l'assemblée (convocation irrégulière de tous les copropriétaires par exemple)

Effets rétroactifs

L'annulation a un effet rétroactif : la décision est réputée n'avoir jamais existé. Conséquences pratiques :

  • Travaux déjà réalisés : si des travaux ont été votés puis annulés, la question de leur financement et de leur maintien se pose. En pratique, les travaux déjà exécutés ne sont généralement pas démolis, mais le copropriétaire peut obtenir des dommages-intérêts
  • Contrat signé : un contrat de syndic voté en AG puis annulé remet le syndic précédent (ou un administrateur provisoire) en fonction
  • Budget voté : l'annulation du vote du budget nécessite la reconvocation d'une AG pour voter un nouveau budget

Obligation de reconvoquer une AG

Après annulation, le syndic doit souvent reconvoquer une assemblée générale pour procéder à un nouveau vote en bonne et due forme sur les points annulés. Si c'est le contrat de syndic qui est annulé, un administrateur provisoire peut être désigné par le tribunal (article 47 du décret de 1967).

Les alternatives à l'action en justice

Demander une nouvelle AG

Plutôt que de contester en justice, vous pouvez demander la convocation d'une nouvelle assemblée générale pour faire reconsidérer la décision. Pour cela :

  • Demandez par LRAR au syndic l'inscription d'une résolution contraire à l'ordre du jour de la prochaine AG
  • Si vous représentez au moins un quart des voix, vous pouvez exiger la convocation d'une AG extraordinaire
  • Le syndic dispose alors de 8 jours pour accuser réception et doit convoquer dans un délai raisonnable

La médiation conventionnelle

Depuis la loi du 18 novembre 2016, les litiges en copropriété peuvent être soumis à un médiateur conventionnel. Avantages :

  • Rapidité : 2 à 4 mois contre 12 à 24 mois en justice
  • Coût modéré : 500 € à 2 000 € partagés entre les parties
  • Confidentialité : contrairement à une audience publique
  • Préservation des relations entre copropriétaires

Limites : la médiation ne suspend pas le délai de 2 mois et son issue n'est pas contraignante — si elle échoue, il faut quand même saisir le tribunal.

Le conciliateur de justice

Gratuit et rattaché au tribunal judiciaire, le conciliateur de justice peut être saisi sans formalisme. Il tente de rapprocher les positions. Son procès-verbal de conciliation peut être homologué par le juge et acquiert alors force exécutoire.

Tableau récapitulatif : contester une décision d'AG

CritèreDétail
Texte de référenceArticle 42, alinéa 2, loi du 10 juillet 1965
Qui peut agirCopropriétaire opposant, abstentionniste ou défaillant
Délai2 mois à compter de la notification du PV
Nature du délaiForclusion (ni suspension ni interruption)
Juridiction compétenteTribunal judiciaire du lieu de l'immeuble
Avocat obligatoireOui
Coût moyen2 500 € à 14 000 € (première instance)
Durée moyenne12 à 24 mois
Effet de l'annulationRétroactif — la décision est réputée n'avoir jamais existé
Alternative amiableMédiation (500 à 2 000 €) ou conciliateur de justice (gratuit)

FAQ : les questions les plus fréquentes

Peut-on contester une décision d'AG après 2 mois ?

Non. Le délai de 2 mois est un délai de forclusion impératif. Passé ce délai, la décision est définitive, même si elle est manifestement irrégulière. La seule exception : si le PV n'a jamais été notifié, le délai n'a jamais commencé à courir.

J'ai voté pour mais je regrette, puis-je contester ?

En principe non. Toutefois, si votre vote a été obtenu par dol (manœuvres trompeuses, informations volontairement fausses), vous pouvez invoquer un vice du consentement. C'est rare et difficile à prouver.

Ma procuration a été mal utilisée, que faire ?

Si votre mandataire a voté contrairement à vos instructions écrites, vous pouvez :

  • Contester la décision si vous aviez donné des instructions précises non respectées
  • Engager la responsabilité de votre mandataire pour les dommages subis

Le syndic refuse de me transmettre le PV, que faire ?

Le syndic est tenu de notifier le PV à tous les copropriétaires opposants et défaillants (article 18 du décret de 1967). En cas de refus :

  • Adressez une mise en demeure par LRAR
  • Saisissez le tribunal judiciaire en référé pour obtenir communication du PV
  • Le délai de 2 mois ne court pas tant que le PV n'est pas notifié

L'annulation d'une résolution annule-t-elle toute l'AG ?

Non. Le juge peut annuler une seule résolution et maintenir les autres. L'annulation totale de l'AG est prononcée uniquement lorsque le vice affecte la tenue même de l'assemblée (absence de convocation de certains copropriétaires, par exemple).